Le Carnet du Chineur

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Vendre en vide-greniers : les règles

La limite de deux ventes par an, la suppression de la déclaration préalable par la loi du 26 mai 2026, les objets qu’on ne peut pas vendre et le traitement fiscal — sources officielles à l’appui.

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Vendre sur un vide-greniers est un droit encadré, pas une zone de non-droit. Les règles sont simples, mais elles ont beaucoup bougé en 2026 : la loi de simplification de la vie économique a supprimé une formalité emblématique, et un décret de février 2026 a modifié le sort du registre des vendeurs.

Ce guide fait le point sur l’état du droit au 4 novembre 2026, en distinguant clairement ce qui est acquis de ce qui attend encore ses décrets d’application.

La règle fondamentale : deux ventes par an

C’est le pilier du dispositif, et c’est l’article L310-2 du code de commerce qui le pose. Dans sa rédaction en vigueur depuis le 28 mai 2026 :

« Les particuliers non inscrits au registre du commerce et des sociétés sont autorisés à participer aux ventes au déballage en vue de vendre exclusivement des objets personnels et usagés deux fois par an au plus. »

Trois mots comptent dans cette phrase.

  • « Exclusivement » : vous ne pouvez vendre que ce qui vous appartient. Pas d’objets achetés pour être revendus, pas d’articles neufs, pas de déstockage pour un ami commerçant.
  • « Personnels et usagés » : le neuf est réservé aux professionnels. Un lot de vêtements jamais portés mais achetés pour vous reste discutable ; un carton de produits sous blister ne l’est pas du tout.
  • « Deux fois par an au plus » : par personne et par année civile, du 1ᵉʳ janvier au 31 décembre. Un couple qui tient un stand ensemble consomme une participation chacun.

Cette limite a survécu intacte à la réforme de 2026 : la loi a réécrit l’article mais a reproduit cette phrase mot pour mot.

En pratique, l’organisateur vous demandera de signer une attestation sur l’honneur de non-participation à deux autres manifestations de même nature au cours de l’année civile. C’est l’article R321-9 du code pénal qui l’exige, et la mention de cette attestation doit figurer au registre. Une fausse attestation n’est pas un détail administratif : elle relève de l’article 441-7 du code pénal.

Ce qui a changé en 2026 : la déclaration préalable

Jusqu’en mai 2026, tout organisateur d’une vente au déballage devait déposer en mairie une déclaration préalable, au moyen du formulaire Cerfa n° 13939*01, au moins quinze jours avant l’événement.

La loi n° 2026-403 du 26 mai 2026 de simplification de la vie économique a supprimé cette formalité en son article 5. La nouvelle rédaction de l’article L310-2, en vigueur depuis le 28 mai 2026, ne mentionne plus aucune déclaration préalable, et le portail officiel Service Public Entreprendre confirme que la loi « met fin à la déclaration préalable auprès de la mairie de la commune concernée ». La même loi a supprimé la déclaration préalable des ventes en liquidation et l’obligation d’inventaire qui l’accompagnait.

Mais attention à deux nuances importantes.

  1. Les décrets d’application sont encore attendus. Les fiches officielles de service-public.fr signalent elles-mêmes qu’elles seront mises à jour à leur parution et continuent, dans l’intervalle, de décrire l’ancienne procédure. Certaines communes ont déjà cessé de réclamer le Cerfa, d’autres non.
  2. L’autorisation d’occupation du domaine public n’a pas disparu. C’est une obligation distincte, qui relève du pouvoir de police du maire : dès que vous occupez une rue, une place, un trottoir ou un parking communal, il faut l’accord de la mairie, formalisé par un arrêté, et parfois un arrêté de circulation. Cette autorisation reste pleinement en vigueur.

La consigne pratique est donc simple : appelez votre mairie avant d’organiser quoi que ce soit, et demandez explicitement si elle réclame encore une déclaration de vente au déballage. Si vous êtes simple exposant sur un événement organisé par une association ou une commune, cette question ne vous concerne pas — c’est l’organisateur qui s’en occupe.

La limite des deux mois par emplacement

Une seconde limite, moins connue, a elle aussi été maintenue par la réforme : les ventes au déballage « ne peuvent excéder deux mois par année civile dans un même local, sur un même emplacement ou dans un même arrondissement ».

Elle vise les lieux, pas les personnes. Concrètement, une même place de village ne peut pas accueillir plus de soixante jours de brocante cumulés par an, toutes manifestations confondues. C’est une contrainte d’organisateur, détaillée dans le guide organiser une brocante.

Le registre des vendeurs : nouveauté du 1ᵉʳ juillet 2026

L’obligation de registre pèse sur l’organisateur, et c’est l’une des rares formalités que la simplification n’a pas touchée — elle a au contraire été modernisée.

Le décret n° 2026-117 du 20 février 2026 a modifié l’article R321-10 du code pénal. Depuis le 1ᵉʳ juillet 2026, le registre doit être déposé à la mairie du lieu de la manifestation dans les huit jours suivant sa clôture, et non plus à la préfecture ou à la sous-préfecture. C’est une vraie simplification pour les comités des fêtes.

Le contenu, lui, n’a pas changé. Pour chaque personne qui propose des objets à la vente ou à l’échange, le registre mentionne :

  • les nom, prénoms, qualité et domicile ;
  • la nature, le numéro et la date de délivrance de la pièce d’identité, avec l’autorité qui l’a délivrée ;
  • pour les non-professionnels, la remise de l’attestation sur l’honneur de non-participation à deux autres manifestations de même nature dans l’année civile ;
  • pour les personnes morales, la dénomination, le siège et l’identité du représentant.

Le registre doit être coté et paraphé par le commissaire de police ou, à défaut, par le maire de la commune, et tenu à la disposition de la police, de la gendarmerie, des services fiscaux, des douanes et de la DGCCRF pendant toute la durée de la manifestation.

Les sanctions ne sont pas symboliques : l’absence de registre, les mentions inexactes ou le refus de le présenter sont punis, par l’article 321-7 du code pénal, de six mois d’emprisonnement et 30 000 € d’amende. Lorsque l’organisateur est une personne morale, l’obligation pèse sur ses dirigeants.

Ce que vous ne pouvez pas vendre

La liste des interdictions est plus longue qu’on ne l’imagine, et plusieurs postes surprennent les exposants de bonne foi.

Interdictions fermes

  • Les contrefaçons. Sacs, vêtements, montres, parfums, jeux vidéo, consoles modifiées. L’ignorance de l’origine n’est pas une excuse, les agents de la DGCCRF saisissent sur place, et les peines prévues par le code de la propriété intellectuelle sont très lourdes.
  • Les médicaments, y compris les boîtes entamées de la pharmacie familiale. Le monopole pharmaceutique est protégé par le code de la santé publique.
  • Les animaux vivants. La cession d’animaux de compagnie est interdite dans les foires, brocantes, vide-greniers et marchés non spécialisés par le code rural.
  • Les objets volés, évidemment : la revente, même de bonne foi, peut tomber sous la qualification de recel.
  • Les produits neufs, réservés aux professionnels.
  • Les armes et munitions, soumises au code de la sécurité intérieure. Les reproductions et les armes de collection relèvent de régimes particuliers : abstenez-vous si vous n’avez pas vérifié la catégorie.

Équipements de sécurité : la vigilance s’impose

Les équipements dont la défaillance met la vie en jeu font l’objet de restrictions spécifiques. Le cas le plus net est celui des airbags : leur vente aux particuliers, neufs comme d’occasion, est déjà prohibée, et un décret interdit depuis le 25 octobre 2026 le montage d’un airbag issu du réemploi ou de la remanufacturation, interdiction qui s’adresse aussi bien aux professionnels qu’aux particuliers.

Pour les casques de moto et les sièges auto pour enfant, il n’existe pas d’interdiction générale de revente par un particulier : un casque homologué, portant son étiquette ECE lisible, peut légalement changer de mains. Mais c’est une très mauvaise idée. Un choc antérieur invisible détruit la capacité d’absorption d’une coque sans laisser de trace extérieure, et l’acheteur n’a aucun moyen de le vérifier. En cédant un tel équipement, vous restez tenu de la garantie des vices cachés, et vous engagez votre responsabilité si l’objet défaille. La règle de bon sens : on ne revend pas un équipement dont l’acheteur ne peut pas contrôler l’état, et dont la défaillance tue.

Alimentation

Un particulier ne vend pas de denrées alimentaires sur un vide-greniers. La buvette et la restauration relèvent de l’organisateur, qui doit respecter les règles d’hygiène et, s’il sert de l’alcool, obtenir une autorisation temporaire de débit de boissons auprès de la mairie. Tout au plus, des produits secs, préemballés et non périssables sont parfois tolérés — mais c’est une tolérance, pas un droit.

Vos obligations de vendeur

Même en tant que particulier, vous n’êtes pas dispensé de loyauté.

  • Affichez les prix. L’information du consommateur sur les prix est une obligation générale. Une étiquette par objet, ou un panneau par catégorie, suffit.
  • Signalez les défauts connus. Taisez une fêlure, un moteur mort, un vice que vous connaissez, et vous vous exposez à une action pour vice caché ou pour dol.
  • Pas de garantie, mais pas de dissimulation. Entre particuliers, il n’existe ni droit de rétractation ni garantie légale de conformité : la vente est définitive. Seul le vice caché ouvre un recours, et il suppose un défaut antérieur, grave et inconnu de l’acheteur.
  • Soyez clair sur ce que vous vendez. Présenter une copie du XXᵉ siècle comme une pièce d’époque est une tromperie, pas un argument de vente.

Le droit de place

L’organisateur facture presque toujours l’emplacement, le plus souvent au mètre linéaire. Les tarifs usuels tournent autour de 2 à 5 € le mètre sur un vide-greniers associatif, davantage en centre-ville ou sur les grands événements, et les emplacements pour véhicule sont facturés à part. La réservation se fait en amont, souvent plusieurs semaines à l’avance pour les rendez-vous prisés, et l’inscription vaut généralement acceptation du règlement de la manifestation : lisez-le, il fixe les horaires d’arrivée, l’heure limite de remballage et les règles de circulation.

Assurance

Votre responsabilité civile personnelle, incluse dans la plupart des contrats multirisque habitation, couvre en principe les dommages que vous causeriez à un tiers sur votre stand. Vérifiez-le auprès de votre assureur avant un gros événement, surtout si vous vendez du mobilier lourd ou si vous utilisez un véhicule sur le site. En revanche, le vol de vos propres objets sur le stand n’est généralement pas couvert : ne laissez jamais votre table sans surveillance, et gardez la caisse sur vous.

Et les impôts ?

Bonne nouvelle : dans le cas normal, il n’y a rien à déclarer. Les sommes retirées de la vente d’objets personnels usagés dont vous n’avez plus l’usage ne constituent pas un revenu imposable.

Trois exceptions méritent d’être connues :

  • Les métaux précieux (or, argent, platine sous forme de lingots, pièces, métal brut) sont soumis à la taxe forfaitaire sur les métaux précieux quel que soit le montant de la vente, sans seuil ni abattement.
  • Les bijoux, objets d’art, de collection et d’antiquité dont le prix de cession dépasse 5 000 € relèvent de la taxe forfaitaire sur les objets précieux, déclarée au moyen du formulaire n° 2091 dans le mois de la cession — avec une option possible pour le régime des plus-values.
  • Les autres biens meubles vendus plus de 5 000 € relèvent du régime des plus-values de cession de biens meubles, au taux de 19 % plus prélèvements sociaux. Sont expressément exonérés les meubles meublants, l’électroménager et les automobiles.

En clair : votre carton de vaisselle et votre vélo d’enfant ne vous vaudront jamais la moindre déclaration. Le tableau de famille adjugé 8 000 €, oui.

Si vous vendez régulièrement

Dépasser deux ventes par an n’est pas une contravention bénigne : c’est l’exercice d’une activité commerciale non déclarée, avec à la clé une qualification possible de travail dissimulé, le rappel des cotisations sociales et l’imposition des bénéfices. Les contrôles conjoints DGCCRF–URSSAF sur les grandes brocantes existent et s’appuient précisément sur le registre des vendeurs.

La solution est accessible : déclarer une activité, par exemple en micro-entreprise avec le code d’activité correspondant à la revente d’objets d’occasion. Vous devenez alors revendeur d’objets mobiliers, soumis à la tenue d’un registre des objets mobiliers — le « livre de police » de l’article 321-7 du code pénal — mais vous pouvez exposer sur les brocantes professionnelles, autant de fois que vous le souhaitez, et déduire vos frais.

Pour aller plus loin

Si vous organisez l’événement plutôt que d’y tenir un stand, enchaînez sur organiser une brocante. Si vous hésitez encore sur le type d’événement où exposer, le guide brocante, vide-greniers, braderie vous aidera à choisir. Et pour trouver où vendre, consultez les brocantes et vide-greniers ou le calendrier.

Ce guide a une valeur informative. Les textes cités sont ceux en vigueur au 4 novembre 2026 ; les décrets d’application de la loi du 26 mai 2026 étant encore attendus, vérifiez auprès de votre mairie avant d’organiser un événement.

Questions fréquentes

Combien de fois par an un particulier peut-il vendre en vide-greniers ?

Deux fois par année civile au maximum. L’article L310-2 du code de commerce autorise les particuliers non inscrits au registre du commerce à participer aux ventes au déballage « en vue de vendre exclusivement des objets personnels et usagés deux fois par an au plus ». Cette limite a été maintenue à l’identique par la loi de simplification du 26 mai 2026. Elle se compte par personne et par année civile, du 1er janvier au 31 décembre.

Faut-il encore déclarer une vente au déballage en mairie en 2026 ?

La loi n° 2026-403 du 26 mai 2026 de simplification de la vie économique a supprimé la déclaration préalable auprès du maire, et la nouvelle rédaction de l’article L310-2 du code de commerce, en vigueur depuis le 28 mai 2026, ne la mentionne plus. Des décrets d’application restent attendus et certaines fiches officielles décrivent encore l’ancienne procédure. Si vous organisez un événement, appelez votre mairie : l’autorisation d’occupation du domaine public, elle, reste obligatoire.

Qu’est-ce que le registre des vendeurs et qui doit le tenir ?

C’est l’organisateur de l’événement qui doit le tenir, pas l’exposant. Prévu par les articles R321-9 et suivants du code pénal, il recense pour chaque vendeur ses nom, prénoms, qualité, domicile, ainsi que la nature, le numéro et la date de délivrance de sa pièce d’identité et l’autorité qui l’a délivrée. Depuis le 1er juillet 2026, il doit être déposé à la mairie du lieu de la manifestation dans les huit jours suivant sa clôture.

Les gains d’un vide-greniers sont-ils imposables ?

Non, dans le cas général : la vente d’objets personnels usagés dont vous n’avez plus l’usage n’est pas une opération imposable et n’a pas à être déclarée. Trois exceptions existent. Les métaux précieux sont taxés quel que soit le montant ; les bijoux, objets d’art, de collection et d’antiquité au-delà de 5 000 € de prix de cession relèvent de la taxe forfaitaire ; et tout autre bien vendu plus de 5 000 € relève des plus-values sur biens meubles, sauf meubles meublants, électroménager et automobiles, qui sont exonérés.

Que risque-t-on à vendre plus de deux fois par an ?

Vous basculez dans l’exercice d’une activité commerciale non déclarée. Le risque principal est la qualification de travail dissimulé, passible de sanctions lourdes, avec en outre le redressement des cotisations sociales et l’imposition des bénéfices. Si vous vendez régulièrement, la solution propre est de déclarer une activité, par exemple sous le régime de la micro-entreprise, ce qui vous permet aussi d’exposer sur les brocantes professionnelles.